Football sénégalais : pour que la victoire ne nous aveugle pas
La victoire des Lions du Sénégal en Coupe d’Afrique des Nations a provoqué une liesse populaire légitime, portée par l’orgueil national et la fierté d’un peuple. Mais au-delà du triomphe sportif, certaines images et déclarations invitent à une lecture plus lucide, loin de l’euphorie immédiate.
Entre lumière des projecteurs et perte de lucidité
Il semble que Abdoulaye Fall ne se soit pas encore acclimaté à l’intensité des projecteurs. Emporté par l’euphorie des foules célébrant la victoire continentale, sa lucidité paraît s’être émoussée.
Issu du monde du football par l’AS Bambey, club dont l’histoire reste confinée à la deuxième division sénégalaise, Abdoulaye Fall n’avait jamais été confronté à de telles marées humaines ni à une pression symbolique de cette ampleur.
La sagesse des leaders sur le terrain
Face aux tensions survenues en finale, les Sénégalais ont rendu grâce à Dieu pour la sagesse de Sadio Mané.
Son sang-froid a permis :
- de ramener les joueurs sur le terrain après de longues minutes d’incertitude,
- de rétablir l’ordre sportif,
- puis de jouer un rôle clé dans l’action décisive conclue par Pape Gueye, auteur du but victorieux.
Des images que la victoire ne doit pas effacer
La célébration nationale ne saurait masquer certaines dérives préoccupantes :
- l’appel de l’entraîneur Pape Thiaw au retrait de ses joueurs pour protester contre une décision arbitrale,
- des supporters brisant les sièges,
- des menaces d’envahissement de la pelouse,
- l’absence d’intervention immédiate des forces de l’ordre.
Autant de faits regrettables et condamnables, incompatibles avec l’esprit sportif et l’image du football sénégalais.
Un communiqué qui a attisé les tensions
Ce climat surchauffé a été amplifié par un communiqué publié par la Fédération sénégalaise de football, deux jours avant la finale.
Ce texte, signé par le secrétaire général, a contribué à polluer l’atmosphère sportive, alors même que les Lions bénéficiaient d’un accueil chaleureux au Maroc, notamment à Tanger, où ils ont évolué comme à Diamniadio.
Heureusement, le Sénégal compte encore des hommes sages, soucieux de préserver l’image et la réputation du pays.
Sanctions à venir : la lucidité comme devoir collectif
Soyons clairs :
- des sanctions sévères sont probables.
Selon les règlements de la Confédération africaine de football :
- le retrait, même temporaire, viole l’esprit sportif,
- les violences dans les tribunes constituent des infractions graves.
Lorsque les décisions tomberont, chacun devra assumer sa part de responsabilité, sans céder à la facilité du discours victimaire.
Le danger d’un discours populiste
Accuser systématiquement :
- la FIFA,
- la CAF,
- ou des forces extérieures,
relève d’un discours populiste qui, s’il flatte certains cercles, nuit durablement à la crédibilité internationale du football sénégalais.
« Manko » : un consensus mis à l’épreuve
Par ses déclarations, Abdoulaye Fall est allé à l’encontre du slogan « Manko » qu’il avait brandi lors de sa candidature.
La succession de communiqués contradictoires, dont le dernier visant El Hadji Diouf, figure rassembleuse du football national, révèle les limites de ce consensus proclamé.
Le football, levier diplomatique et outil de développement
Le football n’est plus un simple jeu. Il est devenu :
- un levier de développement,
- une source d’inspiration collective,
- un pilier des relations entre États et peuples.
À ce titre, il exige des dirigeants à la hauteur du rang sportif conquis par les joueurs sénégalais, capables d’élever le débat et de préserver les alliances historiques, notamment avec le Maroc, partenaire stratégique de longue date.
Une leçon de vérité
Comme le dit le proverbe wolof :
« Dëgg kaani la, ku ñu ko xëpp nga toxoñu. »
La vérité est comme le piment : lorsqu’on te la jette au visage, tu te frottes les yeux.
Lamine Bah
Journaliste indépendance





