Lamoussa Djinko, le fondateur et président du Renouveau Démocratique (RD), était face à la presse, ce mercredi 11 février pour son premier exercice oral de l’année, au siège de son parti à Attoban. Cette nouvelle halte portait sur l’économie. Il a soulevé deux problèmes qui se situent au niveau de l’agriculture (cacao) et du programme national de développement (PND).
Le développement du pays est une affaire de tous. Et depuis maintenant quatre décennies, le système économique est le même, tout se repose sur l’agriculture. Mais l’on constate que cela est dépassé.

Homme méthodique et sans cesse en quête des meilleurs arguments pour soutenir son argumentaire, Lamoussa Djinko n’a point dérogé à ses qualités. Il a entretenu pendant plus d’une heure et trente minutes les journalistes. « On nous a dit que l’économie de ce pays repose sur l’agriculture. Je vous avais dit auparavant que c’était un faux slogan. Il faut oublier ce slogan. L’économie d’un pays ne doit pas se reposer sur l’agriculture. L’économie d’un pays doit se reposer sur tous les secteurs. Nous avons 18 à 20% en Chine. Mais vous ne faites pas attention, nous sommes dans un monde médiéval. Nous vivons encore avec l’agriculture agraire. C’est dépassé depuis le XVIIIe siècle, depuis la révolution industrielle. Et pourtant, notre économie en réalité dépend de cette agriculture où 80% des paysans y sont. Le modèle économique, il n’est pas bon. Je le dis mille fois, il n’est pas bon. Un pays ne peut pas dépendre de l’agriculture. Ce n’est pas possible. Ça n’existe nulle part au monde aujourd’hui. Vous avez 2% des Américains qui sont dans l’agriculture. 2%. Mais ces 2% nourrissent 340 millions d’habitants. Nous avons 70 à 80% de nos paysans, de notre population qui est d’une manière ou d’une autre associée à l’agriculture. »

Le constat est amer. Les paysans sont presqu’à la dérive car malgré le prix bord champ fixé à 2800. Rien ne décolle. Dans plusieurs localités comme Divo, Binao, Zuénoula, Man ou encore Danané, pas vente. « (…) Quand il n’y a pas d’acheteurs, effectivement, ils font quoi avec ces fèves de cacao ? Le paysan vit une seule fois, pas une seule fois, mais récolte une seule fois par an. Il a des dépenses, jusqu’à la récolte. Et puis on se retrouve un matin où, après la récolte, il n’y a pas suffisamment de ressources pour vivre. C’est la pauvreté permanente. Il y a des personnes qui ont déjà vendu même les cacaos, ils ont reçu. Ils n’ont toujours pas été payés. Depuis l’indépendance, il n’y a jamais eu de politique de protection des paysans. On vit ça en permanence sous tous les gouvernements, Houphouët-Boigny, Bédié, Laurent Gbagbo et le président Ouattara. Il n’y a aucun mécanisme de protection. Et nos paysans sont à la merci de la Bourse, de Londres, de Paris et de New York parce que c’est un produit de spéculation », a-t-il poursuivi.
Concernant le PND (2026 à 2030), le pays avance comme une tortue. Les chiffres font peur car nous allons tout droit dans le mur. « Les 1500 milliards, la Côte d’Ivoire s’enfonce. On trouve l’argent là où ? Les 1500 milliards viennent d’où ? Est-ce que vous savez que dans les 1500 milliards, il y a 38 000 milliards de dettes qui sont là-dedans ? Nous avons déjà une dette de 34 000 milliards, 35000 milliards. À la fin des prochains 5 ans, le PIB de la Côte d’Ivoire sera, nous serons endettés, c’est-à-dire le rachat de la dette du PIB sera de 70 à 116 %. Actuellement, il nous faut un million par personne pour rembourser la dette de la Côte d’Ivoire. Le gouvernement va s’endetter autour de 34 000 milliards en 5 ans. Vous savez ce que ça veut dire 34 000 milliards de dettes ? Je l’avais dit la dernière fois à Life TV que le président Ouattara n’a pas la capacité de corriger l’inflation. C’est ça, la dette. Déficit de visite chaque année, vous allez prendre des dettes. Vous avez besoin, dans un gouvernement fiscal, de déposer des impôts partout où vous passez. Et quand on dépose des impôts, effectivement, ça se reflète sur la vie de tous les jours. Les consommateurs en souffrent. Les logements sont élevés. On ne peut pas acheter de la viande. Le transport est élevé. Tout est cher. Pourquoi ? Parce que le gouvernement lui-même crée la cherté de la vie. Le gouvernement est à la base de la cherté de la vie. Parce que le gouvernement a un seul modèle économique, c’est-à-dire de rendre la vie chère aux ivoiriens », a déclaré le président du RD.

Le président du Renouveau Démocratique dévoilera d’autres solutions avec en prime le retour de la Caisse Stabilisation. « C’est pourquoi il faut aider les paysans. Surtout que notre économie en dépend et le modèle économique que nous avons ne nous permet même pas de sortir dans 25 ans de ce modèle, alors il faut aider les paysans. La solution que nous avons à court terme, le gouvernement doit stabiliser les prix. Le gouvernement doit intervenir pour pénaliser ceux qui utilisent les paysans. À long terme, il nous faut revenir à une Caisse de Stabilisation mieux structurée. Parce que la Caisse Stabilisation, ça veut dire quoi ? Elle est là, elle propose un prix acceptable aux paysans. Il y a une différence. Cette différence doit pouvoir être le coussin des paysans. C’est-à-dire que s’il y a des difficultés, que les prix chutent, ils peuvent toujours avoir un prix garanti. (…) Donc il nous faut forcément créer un système bancaire qui fonctionne. Un système bancaire, c’est simple. C’est une question de dire à la France, nous ne voulons plus être garantis par vous, nous ne voulons plus que vous imprimiez notre monnaie, nous sommes 42% du PIB de la zone ouest africaine, et nous allons envoyer une banque centrale ici qui fonctionne. Ce qui va permettre à la banque et vous imprimez souvent de l’argent pour faire prêt à la banque. Ce qui va vous permettre aussi une économie qui est forte et orientée vers l’industrie. Il y aura ce que nous appelons une capacité de créer l’emploi. Donc, vous allez voir que les gens vont pouvoir économiser. Quand on économise, et que les entreprises aussi économisent, la banque a suffisamment de fonds avec les prêts. Il faudrait aussi qu’on soit à mesure de mettre une industrie de chocolat parce que nous, nous ne sommes pas présents dans la spéculation du café cacao. Au moins, si depuis 60 ans, on va essayer d’être dans les industries qui produisent du chocolat en Europe, on pourrait avoir une influence sur la spéculation de ce produit. »
Pour Lamoussa Djinko, il faut éviter de donner le marché des matières premières aux étrangers. La Côte d’Ivoire devra prendre exemple sur les pays du Golfe qui ont pu sortir de la pauvreté.





