La tension monte à Modeste. Le samedi 14 février 2026, la population du village est descendue dans les rues pour dénoncer ce qu’elle qualifie d’« injustice flagrante » dans le conflit foncier qui l’oppose au village voisin de Moossou.
Munis de pancartes sur lesquelles on pouvait lire « Justice pour Modeste », « Modeste est un village à part entière », « Libérez Modeste », « Modeste n’est pas Moossou » ou encore « Modeste a battu Assoumou en cassation », hommes, femmes, jeunes et enfants ont investi l’ancienne voie de Bassam, notamment la voie internationale.
Une mobilisation populaire qui traduit un ras-le-bol grandissant face aux actions du roi de Moossou, Nanan Kangah Assoumou, accusé par les manifestants d’user de décisions judiciaires jugées « incompréhensibles » pour revendiquer des terres situées sur le territoire de Modeste.
La marche, qui prenait de l’ampleur, a finalement été interrompue au niveau du bureau de la chefferie par les autorités traditionnelles locales, soucieuses d’éviter tout débordement.

Une population lassée des promesses
Si M. Gnohan Joseph, vice-président chargé du foncier à Modeste, accompagné d’une forte délégation de la chefferie, a réussi à calmer les esprits en promettant de porter haut les revendications du village, la population, elle, ne veut plus se contenter de paroles.
« On ne veut plus rester dans les promesses. On nous dit toujours que tout va se régler. Nous voulons des actions concrètes », ont martelé plusieurs manifestants.
Face à la presse, M. Gnohan Joseph a relayé le cri de cœur de sa communauté, estimant que les injustices subies portent atteinte à la quiétude des propriétaires terriens et menacent la cohésion sociale.
Il a rappelé que Modeste est « un village régulièrement constitué », conformément au décret du 25 août 2010 portant organisation territoriale des régions, départements, sous-préfectures et communes de Côte d’Ivoire.
Des décisions judiciaires brandies comme preuves
Selon le vice-président chargé du foncier, le roi de Moossou et deux de ses collaborateurs auraient été condamnés par le tribunal de première instance d’Abidjan, section de Grand-Bassam, pour faux et usage de faux ainsi que pour complicité, lors d’une audience publique ordinaire (jugement n° 261/16 et parquet n° 203/16).
Il précise que ces décisions auraient été confirmées en appel (décision n° 228 du 18 février 2018), puis en cassation lors de l’audience publique du 26 mars 2020 (pourvoi n° 189_pe/18 du 5 mars 2018).
Malgré ces éléments juridiques, soutient-il, le roi continuerait de poser des actes sur le territoire de Modeste, ce qui suscite de nombreuses interrogations.
La « Cité lagunaire » au cœur des tensions
Le dossier du lotissement dénommé « Cité lagunaire » cristallise particulièrement les tensions.
Selon M. Gnohan Joseph, un arrêté d’approbation signé le 10 novembre 2023 par le ministre Bruno Nabagné Koné (arrêté n° 23_00003/MCLU/DGUF/DU/SDAPU), portant rétablissement et modification d’arrêtés antérieurs relatifs au plan de lotissement, aurait été publié au Journal officiel le 28 juillet 2025.
Cependant, le roi de Moossou aurait obtenu un sursis auprès du Conseil d’État, fondant son argumentation sur des titres fonciers identifiés à l’intérieur du périmètre concerné et appartenant à des individus mentionnés dans un mémoire.
Pour le vice-président chargé du foncier de Modeste, il existerait des « manquements » dans la gestion du dossier. Il appelle ainsi le Conseil d’État à la vigilance :
« La communauté villageoise de Modeste interpelle le Conseil d’État afin qu’il ne se laisse pas tromper par les déclarations et agissements du roi de Moossou. »
Il invite par ailleurs l’institution à être sensible à la souffrance des propriétaires terriens de Modeste, qui se disent progressivement dépossédés de leurs parcelles.
Des familles qui se disent lésées
Toujours face à la presse, M. Gnohan Joseph a cité plusieurs familles – Malaba, Avia, Ahou, Kablan, Akebo, Ehimans, Diouf et Adjobi – qui auraient été dépossédées de leurs terrains par la société Sidi.
Il accuse le roi de Moossou d’être complice de cette situation.
Désormais, tous les regards sont tournés vers le Conseil d’État, dans l’attente d’une décision. En parallèle, la population de Modeste lance un appel au chef de l’État, Alassane Ouattara, afin qu’il se penche sur leur situation.
En attendant la réaction des personnes mises en cause, la tension reste vive à Modeste, où la question foncière continue d’alimenter inquiétude et colère.
Parfait Tsé





