Pour la Ministre du Plan et du dĂ©veloppement, il sâagissait plus prĂ©cisĂ©ment de savoir comment ce continent sâorganise en vue de conquĂ©rir sa souverainetĂ© Ă©conomique, indispensable Ă ses ambitions en terme de dĂ©veloppement durable, non sans oublier la rĂ©forme sollicitĂ©e au niveau des institutions de Bretton Woods et le recours aux Droits de Tirages SpĂ©ciaux (DTS) pour financer le dĂ©veloppement du continent dans les circonstances actuelles de besoins de plus en plus accrus en terme de confort de trĂ©sorerie.
La problĂ©matique ainsi posĂ©e, le Ministre de lâEconomie et des Finances sâest attelĂ© dâabord Ă Ă©plucher certains concepts clĂ©s comme la souverainetĂ© alimentaire, la souverainetĂ© Ă©conomique vue sous lâangle de lâindustrialisation et de la souverainetĂ© monĂ©taire. Dans un contexte mondialisĂ© oĂč la vie en autarcie nâest pas possible, la souverainetĂ© Ă©conomique doit ĂȘtre apprĂ©hendĂ©e comme une faible dĂ©pendance de lâAfrique vis-Ă -vis du reste du monde.
De la dépendance des pays africains
Abordant la question de la dĂ©pendance alimentaire, le Ministre Adama Coulibaly a dit ne pas comprendre que lâAfrique qui dispose de 60% des terres arables du monde puisse Ă©prouver de rĂ©elles difficultĂ©s pour assurer sa souverainetĂ© alimentaire ; une situation qui sâest notamment accrue avec la crise Russo-Ukrainienne avec le manque dâapprovisionnement en engrais et en blĂ©.
Relativement Ă la dĂ©pendance Ă©conomique, Le Ministre de lâEconomie et des Finances a regrettĂ© que plus de 60 ans aprĂšs leur indĂ©pendance, les pays africains continuent dâexporter des matiĂšres premiĂšres. Aussi bien pour les produits agricoles que miniers. De sorte que finalement, la valeur ajoutĂ©e est essentiellement captĂ©e par les pays qui transforment et qui commercialisent lesdits produits. Prenant lâexemple du cacao, il a indiquĂ© que lme business du chocolat rapporte 110 milliards de dollars. « Les pays producteurs comme la CĂŽte dâIvoire, le Ghana, le Cameroun, le NigĂ©ria captent seulement 6% ; ce qui fait moins de 6 milliards de dollars. Câest quand mĂȘme choquant que des pays, des populations qui sâĂ©chinent Ă produire ne puissent pas engranger suffisamment de ressources pour rĂ©munĂ©rer leur labeur. Câest un problĂšme assez sĂ©rieux » , a dĂ©plorĂ© le Ministre Adama Coulibaly, tout en notant que le constat est le mĂȘme au niveau minier avec la bauxite qui a pour produit fini lâaluminium, ainsi que le lithium qui rentre dans la fabrication des batteries,le tantale composant des smartphones etc.
De la souveraineté monétaire et financiÚre
Poursuivant son exposĂ©, le Ministre de lâEconomie et des Finances a notĂ© que la souverainetĂ© monĂ©taire et financiĂšre suppose lâintĂ©gration du continent. Il sâest- fĂ©licitĂ© de la prise de conscience et surtout de la volontĂ© politique et des avancĂ©es trĂšs importantes sur la Zone de Libre Echange Continentale Africaine (ZLECAF). Son souhait est que cette zone de libre-Ă©change aboutisse Ă une monnaie qui soit capable de fluidifier les Ă©changes.
« Les Ă©changes intra-africains aujourdâhui, câest 16%. En Europe, au niveau de lâUnion EuropĂ©enne (UE) qui dispose de la mĂȘme monnaie, lâEuro, les Ă©changes intra-europĂ©ens, câest 68%, câest-Ă -dire que les pays Ă©changent plus des 2/3 en termes dâimportations et dâexportations. En Asie, câest 59% dâĂ©changes. Comparativement Ă lâAfrique oĂč on a 16%, le constat est que les pays nâĂ©changent pas entre eux. Ăa pose un problĂšme trĂšs sĂ©rieux. Il faut donc aller vers des mĂ©canismes qui permettent de soutenir, de renforcer davantage, de booster les Ă©changes entre eux » , Or ici a encore a regrettĂ© le Ministre Adama Coulibaly, la multiplicitĂ© des monnaies en circulation sur le continent ne facilite pas les Ă©changes. Et parfois pour des paiements entre pays voisins, il faut recourir Ă un pays tiers hors du continent. Il faut developper le marchĂ© des capitaux en Afrique .
LâUA, a assurĂ© le Ministre Adama Coulibaly, en a pris bonne conscience. A ce propos, il a fait savoir quâil est prĂ©vu de dĂ©velopper une union douaniĂšre, de dĂ©velopper Ă©galement une zone Ă©conomique, un marchĂ© commun africain et aussi une union monĂ©taire africaine. Je pense que les choses vont avancer. « Dans le cadre de lâagenda 2063, il est prĂ©vu justement sur la pĂ©riode dĂ©cennale 2013-2023 quâil y ait des jalons qui soient fixĂ©s. Et nous voyons ces jalons avec la ZLECAF. Donc, il faut nĂ©cessairement faire en sorte que cette monnaie unique vienne, quâelle soit une rĂ©alitĂ© et quâelle puisse soutenir les Ă©changes sur le continent » , a-t-il rĂ©vĂ©lĂ©.

De la réforme du systÚme des Nations Unies et des institutions de Brettons Woods
« Quatre-vingt ans aprĂšs, la situation a beaucoup changĂ©. Les BRICS (BrĂ©sil, Russie, Chine, Afrique du Sud) reprĂ©sentent plus de 40% de la population. Ce nâĂ©tait pas le cas il y a quatre-vingt ans. Donc, la dynamique a changĂ© puisquâon parle de prospective. Aujourdâhui, lâAfrique a une population qui reprĂ©sente Ă peu prĂšs 17% de la population mondiale. Mais Ă lâhorizon 2050, ça sera 25% de la population. On ne peut pas ignorer ce poids dĂ©mographique. Il faut absolument que tout cela soit pris en compte dans la rĂ©forme du systĂšme des Nations Unies. Câest pour cette raison que les pays africains demandent quâil y ait une plus forte reprĂ©sentativitĂ© de lâAfrique dans ces instances internationales » , a-t-il expliquĂ©.
Sur les institutions de Brettons Woods qui sont en fait la Banque mondiale et le Fonds monĂ©taire internationale (FMI) qui fonctionnent sous forme de, le Ministre Adama Coulibaly a soulignĂ© que lors de la crise de la Covid en 2020, le FMI a mis Ă disposition 650 milliards de dollars de DTS. Cela, faut-il le rappeler, est destinĂ© aux pays qui ont des parts dans le capital du FMI. « Mais toute lâAfrique nâa comme quota que 5%. Ce qui fait que sur les 650 milliards, toute lâAfrique ne disposait que de 31 milliards, alors que les besoins les plus importants sont sur le continent. Les autres pays qui avaient des quotas plus importants nâavaient en fait pas besoin de ces DTS. Donc, le mĂ©canisme qui a Ă©tĂ© mis en place Ă©tait de dire que ces pays ont des rĂ©serves confortables et quâils nâont pas besoin de ces ressources. Leurs DTS pourraient alors ĂȘtre rĂ©allouer aux pays africains qui en ont le plus besoin. Les discussions ont continuĂ©. Aujourdâhui les fonds qui sont constituĂ©s n’ont pas atteints le niveau requis puisquâon demandait 100 milliards de dollars. Nous sommes aujourdâhui Ă peu prĂšs Ă 40 milliards de dollars. Il y a donc des efforts Ă faire » , a estimĂ© le Ministre de lâEconomie et des Finances, avant dâinsister sur la nĂ©cessitĂ© de rĂ©former le systĂšme pour que les pays qui sont vraiment dans le besoin soient ceux-lĂ qui bĂ©nĂ©ficient le plus des ressources de ces institutions. Et du point de vue politique Ă©galement, a-t-il ajoutĂ©, il faut quâon soit Ă la table oĂč les dĂ©cisions se prennent. « Il faut que les pays africains soient plus reprĂ©sentĂ©s dans les instances et que les dĂ©cisions soient prises en toute connaissance de cause pour satisfaire les pays qui ont le plus besoin de ressources » , a conclu le Ministre Adama Coulibaly.
SOURCE : SERCOM MEF





