ABIDJAN — La croissance économique reste globalement positive dans les douze États de la CEDEAO en 2024, mais derrière cette dynamique se dessine une Afrique de l’Ouest confrontée à de fortes vulnérabilités : endettement élevé, déficits budgétaires, inflation, pauvreté et insécurité alimentaire.
Les données issues des derniers rapports sur les perspectives économiques de la région montrent des trajectoires très contrastées d’un pays à l’autre, alors que plusieurs économies doivent également composer avec des chocs extérieurs susceptibles de peser sur leur croissance.
Les douze États membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest ont enregistré une croissance positive en 2024. La dynamique reste toutefois très inégale. Le Bénin affiche la progression la plus forte avec 7,5 %, devant le Sénégal (6,4 %), la Guinée (5,6 %), le Togo (5,3 %), la Gambie (5,2 %) et la Côte d’Ivoire (4 %).
Au Bénin, la croissance a notamment été soutenue par le tourisme. La Guinée bénéficie pour sa part de la progression des services, de la construction et de l’énergie, tandis que le Sénégal enregistre une accélération liée au démarrage de la production pétrolière en juin 2024.
Le Sénégal constitue l’un des cas les plus significatifs. Après le lancement de la production pétrolière, la part du secteur secondaire dans l’économie est passée de 18,7 % à 19,2 %. Le secteur primaire a, dans le même temps, reculé à 16 %, tandis que le tertiaire représentait environ 58 %.
La Côte d’Ivoire affiche une croissance de 6 %, portée notamment par des hausses de 26 % dans le primaire, 5,8 % dans le secondaire et 6,7 % dans le tertiaire.
La Sierra Leone, la Guinée-Bissau, la Guinée-Conakry et le Liberia enregistrent également des progressions inférieures à 5 %.
Autre tendance majeure : la décélération de l’inflation dans plusieurs économies de l’UEMOA. Le Sénégal affiche notamment une inflation de 0,2 %, contre 0,3 % au Togo, 3,1 % en Côte d’Ivoire, 3,5 % au Burkina Faso et 7 % au Mali.
À l’inverse, les tensions restent particulièrement fortes au Ghana, où l’inflation atteint 23,8 %. Elle s’établit à 13,9 % en Guinée, 11,7 % en Gambie et 8,3 % au Liberia. La Sierra Leone constitue un cas remarquable : son inflation, qui avait atteint 52,2 % en 2023, est retombée à 18,5 % en décembre 2024.
La situation des finances publiques reste préoccupante dans plusieurs pays. Le Sénégal affiche le déficit budgétaire le plus élevé de la région en 2024, à 13,4 % du PIB, contre une prévision initiale de 3,5 %. Le Ghana suit avec un déficit de 7,9 %, devant la Guinée (4,3 %) et la Côte d’Ivoire (4 %).
Au Bénin, le déficit est ramené à 3 % du PIB, contre 4,1 % en 2023, permettant au pays d’atteindre le critère de convergence de l’UEMOA. Le Liberia affiche un déficit global de 0,09 % du PIB, tandis que le déficit de fonctionnement atteint 2,3 %.
La dette publique constitue l’un des principaux points de vigilance. En Guinée-Bissau, elle atteint 88,7 % du PIB, contre 81 % en Gambie. Au Sénégal, la dette est indiquée à 83 % du PIB en 2024, tandis que le Togo affiche un ratio moyen de 63,2 % sur la période 2024. La Côte d’Ivoire se situe à 54,8 %, tandis que le ratio de la Guinée est présenté à 40,7 %.
Les balances courantes présentent également des situations très différentes. Le Bénin affiche un excédent courant de 14,2 % du PIB et le Ghana 14,4 %, tandis que le Cabo Verde se situe à 3,8 %, selon les données rapportées. À l’inverse, le Sénégal enregistre un déficit courant de 10,8 % du PIB en 2023, tandis que d’autres pays restent également confrontés à des déséquilibres extérieurs.
La croissance ne suffit pas à effacer les vulnérabilités sociales. En Sierra Leone, la pauvreté concerne 60 % de la population. Elle atteint 53,4 % en Gambie et 50,5 % en Guinée-Bissau. Au Liberia, la pauvreté multidimensionnelle touche 52,3 % de la population. Les taux sont également élevés au Togo (43,8 %), au Nigeria (39,8 %) et au Sénégal (37,5 %). Au Bénin, le taux est estimé à environ 31 % en 2024.
Le constat est encore plus préoccupant sur le front alimentaire. En Sierra Leone, 82 % de la population est touchée par l’insécurité alimentaire, contre 77,9 % au Nigeria. La situation sévère concerne respectivement 18 % et 25,7 % des ménages dans ces deux pays.
Au Togo, l’insécurité alimentaire touche entre 57 % et 58,5 % de la population. Elle atteint 44,5 % au Ghana, 26 % au Bénin, environ 24 % en Gambie, 22 % en Guinée-Bissau et 21,8 % en Guinée.
En Côte d’Ivoire, elle concerne 10,9 % des ménages, avec un niveau de 38 % dans le Tonkpi. Au Liberia, elle est ramenée à 20,7 % en 2025, contre 47 % en 2022, tandis que la sous-alimentation touche encore 38,4 % de la population.
Les rapports identifient notamment la faible mécanisation agricole, les capacités limitées d’irrigation, les pertes post-récolte, les chocs climatiques et la dépendance aux importations de riz parmi les facteurs de vulnérabilité.
Malgré ces fragilités, plusieurs économies affichent des perspectives de croissance soutenues. La Guinée table sur une croissance moyenne de 10,1 % entre 2025 et 2028, portée notamment par le programme minier Simandou 2040.
Le Sénégal prévoit 7,8 % en 2025, le Bénin 7,5 % en moyenne et la Côte d’Ivoire 6,3 % en 2025 et 2026, avant 7,5 % en 2027. La Gambie prévoit 5,9 % en 2025, tandis que le Cabo Verde et la Guinée-Bissau tablent sur 5,5 %. Le Liberia prévoit 5,1 % en 2025 et 5,8 % en 2026.
La Sierra Leone anticipe une croissance moyenne de 4,6 %, alors que le Nigeria table sur 4,6 % en 2025, 4,4 % en 2026 et 5,5 % en 2027.
Les perspectives restent cependant exposées à plusieurs risques internationaux.
Les rapports analysent notamment les effets de la suspension de l’aide américaine, de la hausse des droits de douane américains et du retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO.
Au Liberia, le manque à gagner lié à la suspension de l’aide américaine est évalué à 265,6 millions de dollars sur la période 2025-2029. Au Sénégal, les exportations vers les États-Unis représentent 3,4 % du total et sont soumises à des droits de 10 %.
Les rapports ivoirien et togolais signalent par ailleurs des restrictions à l’exportation de certaines denrées alimentaires, considérées comme contraires au Schéma de libéralisation des échanges de la CEDEAO (SLEC). Le rapport ghanéen relève également les conséquences de ces mesures sur le commerce alimentaire régional.
Au Cabo Verde, les politiques migratoires restrictives des États-Unis figurent parmi les facteurs susceptibles d’affecter l’économie.
ABIDJAN, 23 septembre 2026
Mohamed Koné – AbidjanPress








