ABIDJAN — L’annonce de poursuites judiciaires et d’un mandat d’arrêt contre Me Habiba Touré provoque de nouvelles réactions dans l’opposition ivoirienne. Nadiany Bamba Gbagbo, épouse de l’ancien président Laurent Gbagbo, a choisi de rendre publique une lettre de soutien à l’avocate et porte-parole du PPA-CI.
Dans cette lettre, Nadiany Bamba Gbagbo conteste ouvertement la lecture faite par le parquet de la situation de Me Habiba Touré et lui adresse un message sans ambiguïté : « Mais c’est ton pays, et tu rentreras. »
Le procureur de la République, Braman Koné, avait annoncé le 16 septembre 2026 avoir engagé des poursuites et délivré un mandat d’arrêt contre Me Habiba Touré pour son implication présumée dans les événements d’octobre 2025. Le détail complet des qualifications pénales retenues contre elle n’a toutefois pas été rendu public dans les déclarations rapportées.
Habituellement réservée sur la scène publique, Nadiany Bamba Gbagbo explique avoir volontairement fait sortir ses échanges avec Me Habiba Touré du cadre privé.
Elle estime que la situation judiciaire de l’avocate justifie désormais une prise de parole publique.
Dans sa lettre, elle interprète notamment l’absence, selon elle, de mandat d’arrêt international comme le signe que le dossier ne serait pas suffisamment solide et accuse le procureur de chercher à dissuader l’avocate de rentrer en Côte d’Ivoire. Il s’agit de l’interprétation de Nadiany Bamba Gbagbo et non d’un fait judiciairement établi.
Son message à Me Habiba Touré se veut néanmoins ferme : elle l’encourage à ne pas renoncer à revenir dans son pays.
La position du ministère public diffère nettement.
Lors de sa conférence de presse du 16 septembre, Braman Koné a affirmé avoir engagé des poursuites contre Me Habiba Touré en raison de son « implication présumée dans les événements d’octobre 2025 » et avoir délivré un mandat d’arrêt contre elle.
Les éléments publics disponibles ne permettent donc pas d’établir que l’absence alléguée d’un mandat international signifie que le dossier serait juridiquement vide ou insuffisant.
Cette distinction est essentielle : d’un côté, le parquet affirme l’existence d’une procédure et d’un mandat d’arrêt ; de l’autre, Nadiany Bamba Gbagbo en conteste politiquement et juridiquement la portée.
Dans sa lettre, Nadiany Bamba Gbagbo revient également sur le rôle joué par Me Habiba Touré au sein du Front commun, regroupement de partis d’opposition constitué autour de la présidentielle de 2025.
Elle relate notamment un épisode de forte tension durant lequel l’avocate aurait pris la responsabilité de lire une déclaration publique du mouvement après que l’un de ses responsables, Akossi Bendjo, était devenu injoignable à la suite d’événements survenus à son domicile.
Pour Nadiany Bamba Gbagbo, cet épisode témoigne du courage et du sens des responsabilités de l’avocate.
La lettre prend ensuite une dimension plus large.
Nadiany Bamba Gbagbo évoque les violences et crises politiques passées et appelle à l’accélération des procédures judiciaires afin que les responsabilités puissent, selon elle, être établies.
Elle cite notamment Nahio, Yamoussoukro et plusieurs autres épisodes ou localités associés, dans son récit, aux crises traversées par la Côte d’Ivoire.
Elle appelle également à la libération de personnes qu’elle présente comme détenues pour avoir contesté le quatrième mandat d’Alassane Ouattara et souhaite le retour sécurisé des exilés politiques. Ces demandes relèvent de sa prise de position politique.
La conclusion de la lettre se veut particulièrement solennelle.
Au-delà du sort personnel de Me Habiba Touré, Nadiany Bamba Gbagbo appelle les responsables politiques à préserver la paix et la cohésion nationale.
Son message central : éviter que les tensions politiques et judiciaires actuelles ne conduisent la Côte d’Ivoire vers ce qu’elle décrit comme « une déchirure sociale irréparable ».
ABIDJAN, 08 septembre 2026
Mohamed Koné – AbidjanPress








