Lamoussa Djinko, président du Renouveau Démocratique, affiche de grandes ambitions pour la Côte d’Ivoire. Déterminé à défendre sa vision d’un développement économique fondé sur une plus grande souveraineté, le leader du parti centriste a de nouveau pris la parole face aux médias, ce mardi 25 août. Cette rencontre avait pour thème : « Vu les problèmes avec l’ECO : l’utopie d’un développement national assis sur un modèle économique vieux de 66 ans ».
Pendant plus d’une heure trente, Lamoussa Djinko a exposé sa lecture de la situation économique de la Côte d’Ivoire et, plus largement, des pays africains. Il s’est notamment attardé sur l’histoire de la monnaie utilisée en Afrique de l’Ouest, du franc français au FCFA, jusqu’au projet de monnaie ECO.
Selon lui, le modèle économique actuel ne permet pas aux pays africains de parvenir à une véritable indépendance économique. Il estime notamment que la dépendance à l’exportation des matières premières et le poids des institutions financières internationales constituent des obstacles majeurs.
« La mauvaise nouvelle, c’est qu’on ne va jamais se développer. C’est très important. Je mesure mes mots. On ne va jamais se développer avec le modèle économique que nous avons. Nous ne pouvons pas vendre du café, du cacao, l’hévéa, l’anacarde, et avoir notre monnaie contrôlée par un pays, et espérer se développer. Ce n’est pas possible économiquement. L’économie de la Côte d’Ivoire est faible. Vous avez 99 milliards de dollars pour 31 millions d’habitants. C’est très faible comme économie.
La France et les institutions de Bretton Woods, à savoir Banque mondiale et le FMI, sont un frein au développement de la Côte d’Ivoire. Les BRICS, dont certains parmi nos frères africains pensent que ces BRICS peuvent aider la Côte d’Ivoire, se trompent. Parce que la Russie est controversée. L’objectif de la Chine est de dépasser les États-Unis », a-t-il indiqué.
Revenant sur la question monétaire, le président du Renouveau Démocratique a retracé les différentes étapes de la gestion du franc CFA et des relations monétaires entre la France et les pays africains. Il dénonce notamment les accords qui, selon lui, ont contribué à maintenir une forte dépendance économique.
« (…) La France décide, en 1853, de créer la première banque, c’est-à-dire la Banque du Sénégal. Depuis 1853, la création de la Banque du Sénégal, jusqu’à aujourd’hui, ça fait 173 ans que la France continue de contrôler notre monnaie. 173 ans, c’est-à-dire presque 200 ans, que la France continue de contrôler notre monnaie. De 1945 à 1975, nous déposons nos avoirs à la Banque de France.100% de nos avoirs. De 1975 à 2020, c’est 65%. Et 2020, jusqu’à la fermeture des comptes d’opération en 2025, c’est exactement 50%. La BCEAO a été logée en France jusqu’à son transfert en 1978. Cette BCEAO était en France, gérée par les Français. Tout l’État était français jusqu’à 1978, où elle a été transférée au Sénégal. Ce n’est pas pour rien que nous sommes là où nous sommes pauvres. Et nous allons être pauvres pendant 100 ans si nous ne faisons rien. (…) C’est du n’importe quoi. L’ECO, le problème avec l’ECO, en fait, on est remplacé par une monnaie. C’est tout. Rien ne change. Vous faites des paroles sur l’ECO, l’ECO, ça ne veut rien dire. Votre monnaie est toujours là. La France la garantit toujours. Et puis, elle est arrimée à l’Euro. »
Pour Lamoussa Djinko, la dépendance économique des pays africains ne se limite toutefois pas à la question monétaire. Il pointe également du doigt le poids des institutions de Bretton Woods et plaide pour une transformation structurelle des économies africaines.
L’industrialisation figure ainsi parmi ses principales pistes de sortie. Pour lui, la Côte d’Ivoire doit davantage transformer ses matières premières sur place afin de créer de la valeur ajoutée, développer son économie et réduire sa dépendance vis-à-vis de l’extérieur.
« La Banque mondiale, c’est un frein pour le développement africain. Les institutions de Bretton-Woods ont été créées en 1945. Les premiers prêts ont été faits à l’Europe. Les Américains n’ont pas posé de condition à la France, ni à l’Angleterre, ni à aucun pays qui a suivi la guerre. Mais depuis 1965, ils nous font des prêts. Ils conditionnent nos prêts. Vous-même, vous allez voir la Banque. Vous dites que vous avez besoin d’un prêt. Vous voulez faire peut-être une plantation de cacao. La Banque dit non, il faut aller faire banane. Mais vous n’allez pas aller prendre les prêts pour faire de la banane. C’est exactement ce que fait la Banque mondiale avec tous les pays africains. (…) Nous, Renouveau démocratique, on dit tout simplement qu’on est trop dépendant de l’exportation. On est trop dépendant de l’extérieur. On est trop dépendant de la Banque mondiale. », a-t-il déclaré.
Fidèle à son approche, le président du Renouveau Démocratique ne s’est pas limité au diagnostic. Il a également présenté plusieurs propositions destinées, selon lui, à renforcer la souveraineté économique et monétaire de la Côte d’Ivoire.
« Il faudra prendre nos souverainetés monétaires en mettant fin à l’arrimages de la garantie. Négocier avec la banque mondiale pour dire à la banque mondiale que normalement, c’est une question morale pour lui dire qu’il n’y a plus de conditionnalité. Qu’on nous donne notre argent, qu’on décide de faire ce qu’on veut. Par la suite, nous allons reprendre les prêts. On doit également travailler avec le France. Réduire de 20% notre pays vers l’agriculture. Quand je dis réduire, il faut que les paysans le comprennent. Ce n’est pas de quitter le café cacao et les terres, non. C’est tout simplement de nous améliorer. C’est toujours le premier pays producteur du café cacao. Mais, en compensation, construire beaucoup plus d’usines. (…) Numéro 7, revoir les contrats miniers. Nous n’en allons plus donner 85% de nos contrats, qui que ce soit. Numéro 8, il n’y aura pas d’extraction d’or. Nous allons entreprendre des négociations avec l’AES. Si la Côte d’Ivoire s’en sort avec les recommandations que nous avons faites, c’est-à-dire qu’on va tirer l’Ouest de l’Afrique avec nous. Parce que si on met ça en exécution, que ça marche, qu’on s’indifférencie avec le règlement de l’Indonésie, je vous garantis que tous les pays africains vont nous suivre. Au lieu de que chacun it sa monnaie, on crée quatre zones monétaires de 300 à 400 millions d’habitants, l’équivalent même du marché interne européen et américain », a-t-il conclu.
Pour sa prochaine sortie, Lamoussa Djinko annonce vouloir s’intéresser à un autre sujet majeur : le phénomène de l’orpaillage clandestin, qui continue de susciter de nombreuses préoccupations en Côte d’Ivoire.








