ABIDJAN — Une page majeure de l’histoire politique et électorale de la Côte d’Ivoire se referme. Le siège de l’ex-Commission électorale indépendante (CEI) a abrité, lundi, la cérémonie officielle de passation de charges entre son ancien secrétaire général, Guy Euloge Kouassi, et le liquidateur officiel chargé de solder les comptes de l’institution dissoute.
La cérémonie s’est déroulée en présence du Haut Représentant du président de la République, Gilbert Koné Kafana, du premier vice-président de l’ancienne CEI, ainsi que des directeurs, sous-directeurs et chefs de service de l’ex-commission.
Cette passation constitue une nouvelle étape dans le processus ouvert après la dissolution de la CEI, prononcée le 6 mai 2026.
Créée par la loi du 9 octobre 2001, l’institution quitte désormais l’architecture électorale ivoirienne, alors que les autorités envisagent la mise en place d’un nouveau mécanisme de gestion des élections.
Pour Guy Euloge Kouassi, cette dissolution ne signifie toutefois pas l’effacement de l’héritage construit au cours des vingt-cinq années d’existence de la Commission.
« Si cette dissolution marque la fin officielle de l’existence de la CEI, elle ne saurait remettre en cause notre engagement collectif et le travail accompli au service de notre pays. La liquidation de la CEI ne signifie pas la disparition de ce qu’elle a construit », a-t-il déclaré lors de son allocution.
L’ancien secrétaire général a exprimé sa reconnaissance au président Alassane Ouattara pour son appui aux réformes électorales depuis 2011.
Il a également rendu hommage à Ibrahime Coulibaly-Kuibiert, ancien président de la Commission, ainsi qu’aux commissaires centraux arrivés au terme de leur mandat.
La cérémonie s’est tenue en présence du ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Adama Coulibaly, dont la participation vise notamment à garantir les décaissements nécessaires au règlement des passifs de l’institution.
Le choix du liquidateur ne relève pas du hasard. Ancien commissaire des rouages internes de la CEI, il a également servi l’institution en qualité de commissaire central.
Cette expérience est présentée par la direction sortante comme un atout pour conduire une transition à la fois juridique, administrative et financière.
Sa mission intervient toutefois dans un contexte sensible : au-delà du règlement des comptes et des engagements de l’institution, la liquidation doit également répondre aux préoccupations du personnel sortant.
La dissolution de la CEI soulève en effet des interrogations sociales.
Guy Euloge Kouassi s’est fait le porte-parole des employés de l’ancienne Commission, préoccupés par leurs perspectives professionnelles et les conséquences de la disparition de l’institution.
« Monsieur le liquidateur, vous avez en face de vous des agents inquiets de ce que sera leur avenir. Des pères et des mères de famille qui s’interrogent s’ils auront les moyens pour tenir leurs engagements, notamment en cette période de rentrée scolaire », a-t-il souligné.
L’ex-direction affirme avoir déjà accompli les premières diligences administratives nécessaires afin de faciliter les travaux du comité de liquidation.
Le personnel sortant s’est également dit disposé à accompagner le processus, dans l’attente de réponses du gouvernement sur d’éventuelles mesures de reclassement ou d’indemnisation.
La disparition de la Commission ne constitue ainsi qu’une partie de la transition.
Derrière la liquidation administrative et financière se pose désormais une question politique et institutionnelle majeure : quelle architecture succédera à la CEI pour organiser et encadrer les prochaines élections en Côte d’Ivoire ?
Le gouvernement a engagé une réflexion autour d’un nouveau mécanisme de gestion électorale. Sa configuration, son fonctionnement et les garanties qui l’accompagneront devraient constituer des enjeux centraux de la prochaine phase des réformes.
ABIDJAN, 08 septembre 2026
Mohamed Koné – AbidjanPress








