ABIDJAN — Le cacao ivoirien entre dans une nouvelle zone de turbulences. Après un prix bord champ historique de 2 800 FCFA/kg lors de la campagne principale 2025-2026, les producteurs devraient désormais composer avec un prix ramené autour de 1 200 FCFA/kg pour la campagne 2026-2027.
Une baisse spectaculaire de 1 600 FCFA par kilogramme, soit environ 57 %, qui ne relève pas d’une décision isolée : elle intervient dans un environnement mondial profondément bouleversé par le recul des cours internationaux du cacao.
Le marché mondial avait connu une envolée exceptionnelle, portée notamment par les inquiétudes concernant l’offre en Afrique de l’Ouest.
Mais cette période de prix records a progressivement laissé place à une correction.
Les cours internationaux du cacao ont fortement reculé par rapport aux sommets observés précédemment. Or, pour la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, l’évolution du marché international reste déterminante dans la construction des revenus futurs de la filière.
Le prix payé aux producteurs ne peut donc être analysé indépendamment des contrats de vente conclus sur le marché mondial.
Plusieurs facteurs convergent.
Le premier est lié à l’évolution de l’offre mondiale. Après les fortes tensions qui avaient propulsé les cours vers des niveaux historiques, les perspectives d’approvisionnement se sont améliorées.
Dans le même temps, les prix exceptionnellement élevés du cacao ont pesé sur la demande industrielle. Les chocolatiers et transformateurs ont dû composer avec une matière première devenue beaucoup plus coûteuse, entraînant des ajustements dans les achats et la transformation.
Le marché est ainsi passé d’une logique dominée par la peur de la pénurie à une phase où les opérateurs anticipent davantage de disponibilité.
Cette évolution est particulièrement importante.
Après plusieurs campagnes marquées par des déficits, le marché mondial se dirige vers une situation plus favorable en matière d’approvisionnement.
Lorsque l’offre disponible progresse plus rapidement que la demande, la pression exercée sur les prix s’inverse.
C’est précisément ce changement d’équilibre qui contribue aujourd’hui au recul des cours internationaux.
La Côte d’Ivoire dispose d’un système particulier de commercialisation du cacao.
Le Conseil du café-cacao (CCC) vend une partie importante de la récolte à l’avance. Ce mécanisme permet de sécuriser les revenus de la campagne et de déterminer le prix garanti aux producteurs en fonction des ventes réalisées, des cours internationaux et des paramètres de commercialisation de la filière.
Conséquence : lorsque les contrats sont conclus dans un environnement de prix élevés, l’État dispose d’une marge plus importante pour soutenir un prix bord champ élevé.
À l’inverse, lorsque les cours mondiaux reculent fortement, les contrats futurs sont négociés à des niveaux moins favorables.
C’est cette transmission différée du marché international vers le système ivoirien qui contribue à expliquer l’écart entre les 2 800 FCFA/kg de la précédente campagne et le niveau de 1 200 FCFA/kg évoqué pour la nouvelle campagne.
La baisse intervient alors que les producteurs restent confrontés à leurs propres charges : entretien des plantations, main-d’œuvre, transport, intrants et coût de la vie.
Pour les planteurs, le problème est donc double : le prix du cacao diminue fortement alors que leurs dépenses de production et leurs besoins quotidiens ne suivent pas nécessairement la même trajectoire.
La situation pourrait ainsi raviver le débat sur la répartition de la valeur créée par l’industrie mondiale du chocolat et sur les mécanismes permettant de protéger durablement le revenu des producteurs.
La Côte d’Ivoire reste au cœur de l’équilibre mondial du cacao.
Toute évolution de sa production, de sa politique de commercialisation ou de ses perspectives de récolte est donc scrutée par les négociants, les industriels et les marchés financiers.
La campagne 2026-2027 s’ouvre ainsi dans un contexte radicalement différent de celui qui avait permis d’atteindre le prix historique de 2 800 FCFA/kg.
Le véritable défi sera désormais de concilier réalités du marché mondial, compétitivité de la filière et protection du revenu des centaines de milliers de producteurs qui constituent le premier maillon de l’économie cacaoyère ivoirienne.
ABIDJAN, 08 septembre 2026
Mohamed Koné – AbidjanPress








