Le Maroc renforce son positionnement dans la course africaine aux infrastructures d’intelligence artificielle. Entre le projet Nexus AI Factory, qui mobilise des technologies Nvidia, et les perspectives d’expansion de Cassava Technologies, le Royaume ambitionne de devenir un pôle continental du calcul intensif. Mais derrière les investissements annoncés, un enjeu demeure : transformer les engagements financiers en capacités technologiques réellement opérationnelles.

L’Afrique entre progressivement dans une nouvelle phase de développement de ses infrastructures numériques, marquée par l’essor des centres de données, du calcul haute performance et des technologies d’intelligence artificielle.

Dans cette dynamique, le Maroc entend consolider son rôle de plateforme technologique régionale en attirant des projets d’envergure internationale.

Deux initiatives retiennent particulièrement l’attention : la Nexus AI Factory, portée par Nexus Core Systems avec des technologies Nvidia, et le programme d’expansion africaine de Cassava Technologies.

Ces projets témoignent de l’intérêt croissant pour le marché marocain, sans pour autant garantir que l’ensemble des infrastructures annoncées soient déjà disponibles.

Le projet Nexus constitue l’une des initiatives les plus importantes évoquées dans cette stratégie.

Selon les annonces rapportées, il représente un investissement initial de 1,2 milliard de dollars, avec une capacité envisagée à long terme de 500 mégawatts (MW).

L’infrastructure devrait mobiliser les technologies de calcul de Nvidia, notamment son architecture Blackwell, et s’appuyer sur une alimentation en énergie renouvelable à Taqa Morocco.

Une distinction importante s’impose toutefois : Nvidia fournit les technologies de calcul, tandis que le projet est porté par Nexus. Les informations présentées ne permettent donc pas de qualifier cette initiative d’investissement direct de Nvidia au Maroc.

D’après les éléments communiqués par le ministère marocain de la Transition numérique, un protocole signé le 8 avril 2026, en marge du GITEX Africa, prévoit 12 milliards de dirhams d’investissements répartis en deux phases.

La première phase, à Nouaceur, prévoit un investissement de 5 milliards de dirhams, une puissance de 16 MW et 50 emplois directs annoncés.

La deuxième phase, dans le nord du Royaume, prévoit un investissement de 7 milliards de dirhams et une puissance supplémentaire de 20 MW.

L’objectif communiqué est d’atteindre 36 MW cumulés et 125 emplois directs à fin 2027.

La capacité de 500 MW correspond, quant à elle, à une ambition de développement à plus long terme et ne doit pas être confondue avec les premières phases programmées.

La dynamique marocaine s’inscrit également dans les perspectives de développement de Cassava Technologies, groupe technologique actif sur le continent africain.

L’entreprise envisage une expansion de ses infrastructures numériques dans plusieurs pays, notamment le Maroc, l’Égypte, le Kenya et le Nigeria.

Nvidia a évoqué une enveloppe pouvant atteindre 720 millions de dollars pour ce programme continental, sans préciser la part qui serait spécifiquement affectée au Maroc.

Ces investissements pourraient contribuer à renforcer l’accès des entreprises, des chercheurs et des institutions africaines aux ressources de calcul nécessaires au développement et à l’exploitation de modèles d’intelligence artificielle.

Les secteurs de la santé, de l’agriculture, de l’énergie et des services numériques figurent parmi les domaines susceptibles de bénéficier de ces nouvelles capacités.

Le développement de ces infrastructures intervient dans un contexte de croissance attendue des besoins numériques africains.

Selon une étude de McKinsey publiée en novembre 2025, la demande de capacité des centres de données en Afrique pourrait passer d’environ 0,4 gigawatt (GW) à une fourchette de 1,5 à 2,2 GW d’ici 2030.

Cette projection concerne l’ensemble des centres de données et ne se limite pas exclusivement aux infrastructures dédiées à l’intelligence artificielle.

Elle souligne néanmoins l’importance stratégique des investissements dans les capacités de traitement, le stockage et les équipements numériques.

Pour les économies africaines, disposer de telles infrastructures pourrait faciliter le développement de services technologiques locaux et réduire certaines dépendances en matière de puissance de calcul.

L’attractivité du Maroc ne dépendra pas uniquement des montants annoncés.

Le Royaume devra également démontrer sa capacité à réunir plusieurs conditions essentielles : disponibilité énergétique, connectivité, infrastructures opérationnelles, compétences spécialisées et compétitivité des services.

La question de l’accès effectif aux ressources de calcul sera particulièrement déterminante pour les entreprises technologiques et les chercheurs.

Quelle puissance sera réellement disponible ? À quel coût ? Dans quels délais ?

Les réponses à ces interrogations permettront d’évaluer la portée économique et technologique des projets annoncés.

Le calcul intensif, nouvel enjeu de souveraineté numérique africaine

L’émergence de projets comme Nexus AI Factory et l’expansion envisagée de Cassava Technologies illustrent une évolution majeure : l’intelligence artificielle devient aussi une compétition pour les infrastructures physiques.

Au-delà des algorithmes et des applications, le développement de l’IA repose sur des centres de données performants, des processeurs spécialisés, des réseaux fiables et une alimentation électrique adaptée.

Trois enjeux structurent cette transformation :

1. La souveraineté technologique. Développer des capacités de calcul sur le continent pourrait renforcer les possibilités d’hébergement, de traitement et d’exploitation des données au sein des économies africaines.

2. La compétitivité des entreprises. L’accès à des infrastructures adaptées peut faciliter la conception de solutions locales dans des secteurs stratégiques.

3. L’exécution industrielle. Les annonces d’investissement ne produiront leurs effets qu’une fois les infrastructures construites, raccordées, exploitées et accessibles aux utilisateurs.

L’essentiel à retenir

Le Maroc cherche à se positionner comme un futur hub africain de l’intelligence artificielle, porté par des projets technologiques ambitieux et des partenariats internationaux.

Mais la réussite de cette stratégie dépendra moins de la puissance annoncée que de la capacité effectivement déployée et commercialisée.

 

 

ABIDJAN, 12 octobre 2026

Mohamed Koné – AbidjanPress

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