Les autorités locales de Juba, capitale du Soudan du Sud, entendent réserver certaines activités de petit commerce aux ressortissants sud-soudanais. Une directive annoncée par le commissaire intérimaire du comté de Juba, Kalisto Lado, vise notamment les commerçants ougandais, kényans, érythréens et burundais exerçant dans la vente au détail. Une décision susceptible d’affecter les moyens de subsistance de nombreux ressortissants est-africains et de raviver le débat sur la protection du commerce local.
À l’occasion d’une visite au marché de Kuburi Haboba, dans la capitale sud-soudanaise, Kalisto Lado, commissaire intérimaire du comté de Juba, a annoncé de nouvelles restrictions concernant les activités commerciales exercées par des étrangers.
Selon les déclarations rapportées par APA, les ressortissants étrangers ne devraient plus exploiter certains petits commerces, notamment les stands de chapati, la vente de produits alimentaires de première nécessité, de tomates, d’oignons et de charbon de bois.
Le responsable local estime que ces activités devraient être prioritairement exercées par les citoyens sud-soudanais.
« Quelqu’un ne devrait pas venir de son pays pour faire du chapati, vendre au détail des kilos d’oignons et de tomates à Juba. Que vont vendre nos femmes au Soudan du Sud ? », s’est-il interrogé.
La mesure pourrait affecter les moyens de subsistance de nombreux commerçants étrangers installés dans la capitale.
Les ressortissants ougandais, kényans, érythréens et burundais occupent une place dans l’économie informelle de Juba, particulièrement dans la distribution alimentaire, les petits services et les activités commerciales de proximité.
La communauté ougandaise figure parmi les groupes potentiellement les plus exposés.
Présents depuis plusieurs années au Soudan du Sud, les commerçants ougandais interviennent notamment dans les épiceries, les services de taxi et de boda-boda, les salons de coiffure ainsi que les ateliers de mécanique.
Ces activités constituent des sources de revenus pour de nombreux ménages.
Kalisto Lado a toutefois précisé que les ressortissants étrangers pourraient continuer à exercer des activités commerciales dans le pays.
Il les encourage notamment à privilégier le commerce de gros, la fabrication et l’importation de marchandises.
Le responsable local a également invité les commerçants souhaitant poursuivre leurs activités à formaliser leurs entreprises.
Il a assuré que leur sécurité serait garantie, tout en réaffirmant sa volonté de réserver certaines activités commerciales de détail aux nationaux.
Cette orientation établit une distinction entre les petites activités commerciales de proximité et les investissements considérés comme plus structurants.
La position défendue par Kalisto Lado n’est pas nouvelle.
En 2021, alors qu’il occupait les fonctions de maire de Juba, il avait déjà plaidé pour l’interdiction du petit commerce aux étrangers.
Il avait également encouragé les investisseurs étrangers à orienter davantage leurs capitaux vers le commerce de gros, les usines et l’industrie.
La nouvelle annonce s’inscrit donc dans la continuité d’une volonté locale de renforcer la participation des Sud-Soudanais aux activités économiques de proximité.
La présence des commerçants étrangers à Juba a déjà suscité des tensions par le passé.
En juillet 2016, dans un contexte de combats dans la capitale, le chef d’état-major des forces de défense ougandaises, Leopold Kyanda, avait évoqué la préparation d’une opération destinée à évacuer quelque 3 000 ressortissants ougandais bloqués à Juba.
Cet épisode illustre la vulnérabilité à laquelle peuvent être confrontées les communautés étrangères lorsque la situation sécuritaire ou politique se dégrade.
L’annonce sud-soudanaise intervient dans un contexte régional marqué par des initiatives visant à protéger les petits commerçants nationaux.
Au Kenya, le président William Ruto avait annoncé, le 2 septembre, un renforcement des mesures concernant les étrangers exerçant de petites activités commerciales.
Ces orientations traduisent une préoccupation commune : préserver les opportunités économiques des citoyens tout en maintenant l’attractivité des marchés nationaux pour les investisseurs étrangers.
ABIDJAN, 8 octobre 2026
Mohamed Koné – AbidjanPress








